
L’IA au service du streaming : révolution ou dérive ?
Sacha Israël, journaliste | Le 9 janvier 2026
L’essor des plateformes de streaming, qui diffusent un large éventail de productions cinématographiques et de séries en tout genre, soulève de nombreuses questions face à l’émergence de l’IA générative. Si certains acteurs du monde créatif voient ces technologies comme une menace, c’est aussi parce que des outils de sous-titrage et de doublage générés par l’IA se démocratisent, avec le risque qu’ils soient exploités sur des plateformes illégales de streaming.
L’impact de l’IA dans le monde créatif
Entre Netflix, Amazon Prime Video et Disney +, les plateformes streaming à l’international sont nombreuses et leur multiplication témoigne d’un intérêt grandissant de la population aux contenus audiovisuels présents.
Pourtant, l’arrivée de l’intelligence artificielle semble semer la controverse dans le monde créatif, notamment dans le doublage et le sous-titrage, qui peuvent facilement se retrouver sur ces plateformes fréquentées quotidiennement par le grand public.
Ces menaces pressenties par les acteurs du milieu ont d’ailleurs fait l’objet de tribunes et de grèves manifestées dans diverses régions du monde. L’un des exemples marquants est la grève d’Hollywood de 2023 où les acteurs réclamaient des garanties concernant l’usage de l’IA pour empêcher cette dernière de générer des scripts et de cloner leur voix ou image. Une des réclamations visait notamment une revalorisation de rémunération de leur corps de métier à l’ère du streaming.
Dans le contexte local, les préoccupations sont similaires, notamment avec la présence de l’Union des Artistes, le syndicat professionnel artistique québécois, dont la mission est de sensibiliser quant aux enjeux soulevés par l’IA générative dans le monde créatif. Des questions juridiques que l’Union a d’ailleurs évoquées dans une conférence tenue dans le cadre du festival francophone CINEMANIA il y a un an.
En 2024, le marché mondial du streaming vidéo était évalué à environ 160 milliards USD et devrait atteindre 411 milliards USD d’ici 2033, avec un taux de croissance annuel composé de 18,66 % entre 2025 et 2033, selon une étude de Business Research Insights.
Ainsi, au vu de la taille du marché mondial du streaming vidéo, il semble pertinent de s’intéresser aux différents outils d’IA qui se développent en termes de sous-titrage et de doublage, tout en sachant que de nombreuses plateformes illégales de streaming sont en accès libre sur internet.
Retranscrire, traduire et imiter les voix grâce à l’IA
Ces outils qui se développent sont faciles d’accès et proposent des fonctionnalités avancées en fonction de certains tarifs. Rask AI, Happy Scribe, Sonix ou encore True Sync ; les exemples sont nombreux pour sous-titrer, traduire et doubler les voix à partir de différents types de vidéos.
L’objectif de ces plateformes est de permettre de produire toutes ces tâches plus rapidement et efficacement, avec précision et dans différents contextes.
METTRE VIDÉO SOUS-TITRÉE BREAKING BAD HAPPY SCRIBE
Rask AI par exemple, promeut l’inclusivité linguistique avec plus de 130 langues disponibles afin de toucher un plus grand public à travers le monde. Ses fonctionnalités techniques promettent ainsi d’améliorer l’expérience utilisateur grâce à un traitement automatisé des vidéos, une traduction en temps réel et un doublage précis.
Rask AI souhaite également toucher les entreprises, le divertissement, le marketing et même les créateurs de contenus, qui selon le site de la plateforme a déjà été utilisée à de multiples reprises pour certains projets entrepreneuriaux à travers le monde.

[credit]Capture d’écran du site Rask AI[/credit]
Doublage artificiel : contexte culturel et émotions d’une scène
Pourtant, si ces outils montrent une certaine utilité pour un éventail de personnes dans le milieu entrepreneurial, certaines lacunes sont facilement visibles lorsque l’on teste l’application dans un contexte cinématographique, où le jeu de l’acteur est partie intégrante de l’engouement d’un film ou d’une série.
Si les plateformes comme Happy Scribe ou Rask AI sont présentées comme des solutions créatives et avancées, elles mettent également de l’avant le besoin d’un équilibre avec l’humain pour arriver à une production reflétant les émotions de la scène originale dans le jeu d’acteur.
On peut ainsi facilement reprocher à ces plateformes un manque d’exactitude qui passe par une traduction approximative, ne prenant pas en compte le contexte d’une expression de langage.
[credit] Extrait de la série Breaking Bad traduit et doublé par Rask AI[/credit]
Cet exemple montre ainsi comment les traductions automatiques de l’IA peuvent manquer de connaissances culturelles et de subtilités dans sa façon de retranscrire les argots et les expressions familières d’une langue. On remarque également un décalage dans l’usage de la voix où seulement quelques options de voix robotisées sont disponibles sur la plateforme, ne collant pas forcément au personnage à l’écran.
Ainsi, bien que ces outils promettent de nombreuses fonctionnalités, ils peuvent aussi engendrer certaines dérives dans le processus créatif. Pourtant, on peut d’ores et déjà supposer qu’ils seront largement utilisés sur les plateformes illégales de streaming en raison de leur faible coût et de leur rapidité d’exécution.
Une étude de Statista lance déjà quelques projections quant au nombre d’abonnés des services de streaming évalué à 1,5 milliard à l’arrivée de l’année en cours. Une étude qui illustre l’engouement mondial pour cette forme de consommation médiatique.







