Poisson d’avril, désinformation réelle : quand la farce devient toxique

En partenariat avec CultureMania
Chaque année, le 1er avril déferle sur les réseaux comme une vague de canulars plus ou moins ingénieux. Or, en 2026, le jeu du « fake » culturel a franchi une ligne invisible : celle où le divertissement tourne à la confusion massive. Les internautes ont vu passer de fausses annonces de Céline Dion annulant tous ses concerts, de retours supposés à Las Vegas ou encore au Palais des congrès de Montréal, de nouvelles photos truquées par IA. Autant d’hypertrucages émotionnels qui se propagent à la vitesse d’un partage. Peu de gens y croient, me direz-vous. Pourtant, sous chaque publication, les commentaires d’internautes tombant dans le panneau trahissent la bancalité de ce raisonnement.
Boycotter le poisson d’avril?
Et si nous décidions qu’il est temps de tourner la page du poisson d’avril 2.0? Parce que dans un monde saturé d’images et d’IA-buzz, le vrai geste subversif, c’est de dire la vérité.
Pour ma part, j’ai préféré faire vœu d’abstinence du canular, par conviction, et mettre mes plateformes médiatiques au service d’une autre mission : la lutte contre la désinformation et la cyberfraude, de manière innovante.
Après chaque 1er avril, je m’amuse à repérer les inconséquences de certaines institutions, qui ont pour vocation de soutenir l’éducation, l’éveil culturel et l’information fiable à l’année longue, mais choisissent d’en prendre congé pour un poisson mal placé. En 2022, avant même la Loi 25, je prenais l’exemple d’une entreprise bien connue au Québec, qui avait lancé un faux concours pour lequel elle avait tout de même collecté les informations sensibles de clients potentiels à travers un vrai formulaire. Pire que le fait d’offrir nos données contre un service gratuit, on troquait cette précieuse monnaie d’échange contre… un mensonge!
Mais désinformation n’attend plus les campagnes électorales ou les pratiques commerciales douteuses pour s’entraîner. Elle s’exerce désormais sur le terrain de la culture, là où la célébrité et l’émotion amplifient tout.
Il y a quelques années, les chercheurs Edward Dearden et Alistair Baron de l’Université britannique de Lancaster ont partagé le fruit de leur analyse de plus de 500 poissons d’avril, dénotant d’inquiétantes similitudes entre ces derniers et « les fausses nouvelles mal intentionnées » (malicious fake news) : techniques linguistiques, longueur des textes, dates imprécises, pronoms à la première personne, etc. Dearden et Baron ont même développé et entraîné des algorithmes d’IA à reconnaître la fausse information. « Il y a beaucoup de travail intéressant qui se fait en ce moment pour lutter contre la désinformation, déclarait Dearden en 2019. C’est particulièrement important, parce que la société a vraiment du mal à s’ajuster au volume d’information qui circule et les conséquences en sont palpables. Espérons que le milieu de la recherche pourra développer des méthodes qui aideront à s’attaquer au problème et à en réduire les effets néfastes dans le futur. »
Plus récemment, les poissons d’avril se conçoivent avec une nouvelle facilité, grâce au recours à la génération d’images par IA, compensant le manque d’originalité des textes, tout comme les contenus frauduleux.
L’année dernière, après la présence de notre rédaction au Sommet sur la désinformation climatique, organisé par le Centre pour l’intégrité de l’information à l’Université d’Ottawa, nous consacrions tout un dossier et un documentaire à ce fléau. En collaboration avec des experts et acteurs impliqués dans cette lutte contre le « fake », tels que la Chaire UNESCO-PREV et la Fondation Familiale Trottier, nous soulignions les constats du Rapport sur les risques mondiaux 2025, où le Forum Économique Mondial identifiait la mésinformation et la désinformation comme la crise la plus susceptible d’avoir un impact mondial à court terme.
Toujours par souci d’innovation contre la désinformation montante, mon co-développeur Houssem Cherif et moi-même avons développé un jeu en ligne, « Expert Antifake », offert sur Culturemania, destiné à aider le grand public à repérer, de manière immersive et ludique, les indices de la malveillance et de la désinformation dans des courriels et nouvelles simulés. Une activité visant à dépasser le cadre de la formation et du webinaire unilatérales, pour mettre les apprenants dans l’action et les aider à tester leurs connaissances acquises.
Je vous invite enfin à consulter le numéro de LES CONNECTEURS, réalisé en partenariat avec CScience Le Lab et Luqia Montréal (auparavant le CRIM). Dans ce dossier paru le 11 avril 2025, mon équipe de journalistes et chroniqueurs et moi-même enquêtons sur les nouvelles formes de désinformation, grâce à la participation d’experts et de chercheurs issus de l’élite canadienne.









