Éditorial publié le 26 mars 2026 | Publié par Chloé-Anne Touma, rédactrice en chef


Face aux longues attentes dans les urgences québécoises, la candidate à la chefferie de la CAQ, Christine Fréchette, propose une solution technologique novatrice : instaurer des « salles d’attente virtuelles ». L’objectif : permettre à certains patients d’attendre à domicile plutôt que de rester de longues heures dans une salle d’attente bondée. Une proposition à la fois novatrice et risquée, dans un contexte où le souvenir du fiasco SAAQclic plane encore sur l’image du parti. Et pourtant, c’est précisément le type d’initiative susceptible de redonner espoir aux Québécois, pour qui l’accès aux soins de santé demeure une priorité plus urgente que les enjeux de transport ou d’économie.

Concrètement, les patients jugés non prioritaires après le triage pourraient quitter l’hôpital et être avisés — par texto ou autre outil numérique — lorsque leur tour approche. Cette approche vise à améliorer le confort des usagers, tout en réduisant l’achalandage dans les urgences.

Au Québec, un passage typique à l’urgence dure en moyenne plus de cinq heures, selon les statistiques. Sur la Rive-Sud de Montréal, le temps d’attente pour les nombreux cas jugés « non prioritaires » au premier abord tourne plutôt autour de 9 à 12h.

Cette idée s’inscrit dans un contexte où les délais demeurent très élevés. Au Québec, un passage typique à l’urgence dure en moyenne plus de cinq heures, selon les statistiques. Pour bien le connaître, le temps d’attente dans les hôpitaux de la Rive-Sud de Montréal pour les cas d’abord jugés « non prioritaires » tourne plutôt autour de 9 à 12h. On parle de l’un des pires résultats au pays. Le milieu attribue la surcharge des urgences notamment à un manque de ressources et à l’afflux de patients dont l’état n’est pas jugé critique.

« Les heures d’attente à l’urgence sont un problème bien réel et on doit agir. Les Québécois paient suffisamment d’impôts pour s’attendre à des services efficaces et accessibles. L’objectif demeure le même : améliorer l’accès à un médecin de famille et aux soins de première ligne. Cela dit, il faut trouver des solutions concrètes pour mieux gérer la situation actuelle. En permettant à certains patients d’attendre chez eux plutôt que dans des salles d’hôpital, on améliore leur expérience », déclare Christine Fréchette.

Selon la candidate à la chefferie, les salles d’attente virtuelles permettraient de mieux gérer les flux de patients et d’offrir une expérience moins pénible. Elle souhaite ainsi moderniser l’organisation des soins en misant sur des outils numériques déjà utilisés dans d’autres secteurs.

Les préoccupations

Toutefois, cette idée soulève certaines questions. Le bon fonctionnement du système dépendrait notamment de la capacité à rappeler les patients au bon moment et à éviter les absences. De plus, certains experts rappellent que l’urgence doit rester accessible en tout temps, notamment pour détecter une aggravation rapide de l’état d’un patient. Puis il y a la question de l’imputabilité : sera-t-il plus facile de se décharger des responsabilités en cas de complication dans un suivi à distance?

En somme, la proposition vise à rendre l’attente plus humaine sans régler directement les causes structurelles du problème. Elle ouvre néanmoins la porte à une réflexion plus large sur l’utilisation des technologies pour désengorger le réseau de la santé.

Du côté des urgentologues

Dans la même veine d’une urgence repensée, j’accueillais récemment à notre émission Ça change la vie sur les tribunes de LES CONNECTEURS l’urgentologue Frédéric Lemaire. Il y présentait l’application mobile Paratus, une solution technologique déjà éprouvée visant à améliorer la prise en charge des patients, tout en réduisant le stress des premiers répondants en situation d’urgence médicale :

De quoi faire rêver à un Québec où, pour une fois, le système de santé fonctionnerait sans heurts.